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Les annuaires de France nuisibles
Accueil / Biologie et mode de vie

LA TAUPE

Un carnassier taillé pour la survie…

taupe sortant de sa taupiniere

La taupe commune, talpa europaea ou taupe d'Europe est un mammifère insectivore de couleur noire, appartenant à l'ordre des Soricomorphes (comprenant les talpidés et les soricidés), mesurant entre 15 à 20 cm de long et pouvant peser jusqu'à 160 grammes.

Il existe en Europe deux autres espèces connues : la taupe aveugle (talpa caeca ou taupe méditerranéenne) et la romaine (talpa romana) dont les populations se concentrent en Europe du Sud.

Planche Buffon sur les Taupes

Aux dires de Pline l'Ancien (Ier siècle après J.-C.), les mages de l'Antiquité prêtaient à la taupe des vertus thérapeutiques et surnaturelles,  « [...] au point qu'à celui qui avalera un cœur de taupe frais et palpitant, ils promettent de connaître par divination le déroulement des événements futurs. »

En bon naturaliste, Pline ne pouvait pas admettre de telles pratiques. Cependant, l'image négative qu'il donne de la taupe — animal aveugle et souterrain — était bien loin de la réalité.

La taupe n'a en effet rien d'une petite bête placide et fragile.

Son mode de vie, sa résistance et sa vélocité — avec une vitesse de déplacement d'environ 4 km / heure dans les galeries — ont toujours fait le désespoir des cultivateurs. 

Buffon, qui l'avait longuement observée, en donne même une description élogieuse dans son Histoire Naturelle :  « La taupe […] est de tous les animaux le plus avantageusement doué, le mieux pourvu d'organes, et par conséquent de sensations qui y sont relatives ; […] elle a l'ouïe très-fine et de petites mains à cinq doigts, bien différentes de l'extrémité des pieds des autres animaux, et presque semblables aux mains de l'homme ; beaucoup de force pour le volume de son corps, le cuir ferme, un embonpoint constant, un attachement vif et réciproque du mâle et de la femelle, de la crainte ou du dégoût pour toute autre société, les douces habitudes du repos et de la solitude ; l'art de se mettre en sûreté, de se faire en un instant un asile, un domicile ; la facilité de l'étendre, et d'y trouver sans en sortir une abondante subsistance. »

Avec ses dents de carnassier, la taupe se nourrit principalement de lombrics (90 % de son régime alimentaire), de larves, de limaces et de cochenilles (en hiver). Menant une vie exclusivement souterraine, elle ne remonte à la surface qu'en de rares occasions :

une fois sevrée, vers l'âge de 2 mois, et lorsqu'elle évacue la terre tombée dans ses galeries, en créant des puits de dégagement à la surface desquels se forment les monticules caractéristiques de son passage (taupinières). Les tunnels situés dans les premiers centimètres du sol sont creusés pour la chasse.

Une fois vidés de ses ressources, la portion de terre concernée n'intéresse plus la taupe, qui continue alors à étendre tranquillement son territoire (parfois sur des superficies de 1000 m².) Cependant, à la saison des amours, il arrive que le mâle, cherchant à atteindre le nid (donjon) d'une femelle, y passe à nouveau pour rejoindre les galeries principales. La taupe ayant établi ces dernières à environ 25 cm de profondeur, c'est là qu'elles élisent domicile, à l'abri des prédateurs, pour plusieurs générations... Nécessitant un gros travail de déblaiement, ces galeries principales sont identifiables grâce aux alignements de taupinières géantes (60 à 70 cm de diamètre en moyenne) qui jonchent le sol. Les petites taupinières (30 cm de diamètre en moyenne) correspondent aux évacuations de la terre des galeries de chasse.

Schéma d'ensemble d'un réseau de galeries
taupes reseau galeries

Pour être sûr que l'on ait à faire à une taupe, et non à un rongeur, il suffit de constater, à l'aide d'un piquet bien droit, la verticalité des puits d'évacuation. Dans le cas contraire, il y a fort à parier que d'autres fouisseurs (les campagnols terrestres étant les plus nuisibles) se soient invités dans les anciennes galeries de chasse pour faire un festin de racines !        

Que la taupe ne fasse pas de nouvelles taupinières ne signifie pas non plus qu'elle n'ait pas colonisé le secteur concerné en profondeur, tandis qu'elle continue à creuser ailleurs son territoire de chasse.

Car notre prédatrice apprend vite : elle sait reconnaître le danger et mesurer la distance qui l'en sépare. Ceux qui tentent de la faire fuir avec des bouteilles en plastique comprennent vite, à leurs dépens, qu'on ne la lui fait pas ! Une fois les bouteilles enlevées, la chasse aux lombrics peut recommencer...       

Contrairement à ce que pensait Buffon, le mâle et la femelle ne partagent leur vie que durant les périodes de gestation et pour l'éducation des petits (4 à 6 par portée annuelle), soit une dizaine de semaines par an.

Passée cette lune de miel, chacune reprend son indépendance. Il y a lieu ici de noter que l'hémophilie de la taupe est une légende : en mettant au monde ses petits, la femelle évacue son placenta et ne meurt pas pour autant d'hémorragie. Le sang que l'on retrouve parfois près des taupes mortes est dû à l'usage de taupicides à base d'antivitamine K (anticoagulants) ou aux combats violents entre mâles.    

taupe atrophie oeil

En outre, la taupe a bel et bien mauvaise vue, non seulement parce que ses poils recouvrent ses yeux, mais encore, comme le précisait Lamarck, en raison de son mode de vie, qui, depuis longtemps, les a rendu inutiles :

« (elle) n'a que des yeux très petits et à peine apparent, parce qu'elle exerce très peu cet organe.» Au fil de son évolution, à force de devoir s'adapter au monde souterrain dans lequel elle a su trouver sa subsistance et sa sécurité, ses yeux se sont littéralement atrophiés. Il arrive même que la peau qui les recouvre à la naissance ne disparaisse pas et que la taupe, même si elle n'est pas aveugle, ne perçoive que des taches.

Toutefois, le système sensoriel de la taupe n'est pas en reste.

Son ouïe extrêmement fine est un avantage certain pour se prémunir des prédateurs qui la menacent (belettes, renards, petits rapaces, etc.). Les deux petits trous qui lui servent d'oreilles sont enfouis dans son épaisse fourrure. Ainsi, elle ne risque pas de les blesser par le frottement répété de sa tête contre les parois des galeries. 

De plus, son sens du toucher et son odorat sont des plus développés. Ils ont même longtemps laissé les zoologistes pantois, au point que Buffon croyait la taupe douée d'un sixième sens. Les poils de son museau (vibrisses) sont d'une sensibilité extrême au toucher. Mais ce qui fait l'intérêt principal de son système sensoriel se situe au bout de son petit groin articulé. Ce n'est qu'en 1871 que cette mystérieuse faculté de sentir les proies à travers plusieurs dizaines de centimètres de terre, fut identifiée par T. G. H. Eimer (1843-1898). Les organes d'Eimer, papilles ultrasensibles, à la fois aux vibrations et aux goûts, recouvrent par centaines la muqueuse de son museau, qui varie alors du rose tendre au rouge vif selon son degré d'excitation. Ce sont ces organes, communs à de nombreux fouisseurs, qui font d'elle une redoutable prédatrice.

taupe patte anterieur

Décidément favorisée par la nature, la taupe, pour creuser efficacement, possède encore des pattes antérieures dotées de six doigts.

Cette polydactylie s'avère indispensable à son travail de fouissage : réuni aux cinq autres doigts par une membrane épaisse, le faux-pouce en forme de lame, rattaché à un os du poignet, fait de chaque patte avant une véritable pelleteuse. En ajoutant à cela cinq griffes bien solides et des membres postérieures suffisamment puissants pour pénétrer la terre, la taupe peut creuser jusqu'à 20 mètres de galeries par jour !

Mais elle ne pourrait pas survivre sous terre si sa formule sanguine et son système respiratoire n'étaient adaptés à une atmosphère appauvrie en oxygène. En effet,ses globules rouges peuvent transporter davantage de dioxyde de carbone que ceux des autres mammifères terrestres, au point qu'elle peut se contenter de respirer l'air qu'elle expire. Ses poumons sont aussi plus développés que chez les autres animaux de même taille.

Grâce à toutes ces qualités, on estime que la taupe, élevée en laboratoire, peut avoir une longévité allant de 10 à 20 ans. Mais alors, comment expliquer que, dans la nature, celle-ci ne dépasse pas l'âge de 3 ans ? Les biologistes pensent que cette mort ‘précoce' est due à l'usure prématurée de ses dents, en grande partie occasionnée par la terre contenue dans les lombrics.

Pour finir, il faut souligner que grâce à toutes ses qualités et à sa forte concentration dans les espaces sauvages (bois, clairières, prairies côtières, etc.), la taupe commune n'est pas une espèce en voie de disparition.